7 mars: les enseignants du 93 réclament des moyens et refusent les classes de niveau

Reportage dans la manifestation au ministère, le 7 mars

(publié dans le n° 431 du 13 mars de La Tribune des Travailleurs)

Place de la Sorbonne, Paris, le 7 mars / Crédit G. Martinet

Quatre mille cinq cents enseignants de Seine-Saint-Denis ont manifesté devant le ministère de l’Éducation nationale le 7 mars à l’appel de leurs organisations syndicales.

Parmi les mots d’ordre scandés : « Du cash pour les AESH* ! Du blé pour les AED* ! »« Du fric pour l’école publique ! », « De l’argent pour les collèges, pas pour la guerre ! », « Ni groupes de niveau, ni choc des savoirs ! Ce sont des postes qu’on veut avoir ! »

Des enseignants du collège Berthelot, à Montreuil, expliquent les raisons de leur présence : « Il faut des moyens pour le 93, humains et financiers. Mais il faut contester également les groupes de niveau, le choc des savoirs. Il n’y a plus de médecine scolaire, pas d’assistante sociales depuis quatre ans. Et cela dans le département le plus pauvre de la métropole. Et on continue à fermer des classes… »

Anne, élue municipale et parent d’élèves au Pré-Saint-Gervais, ajoute : « Et des fermetures de classe sont encore prévues. Les groupes de niveau, c’est terrible, les enfants ne pourront plus en sortir. Tout cela est anxiogène. »

Morgan, professeur dans un lycée de Bobigny, se dit solidaire de ses collègues de collège : « La situation de l’enseignement s’aggrave de gouvernement en gouvernement. Les groupes de niveau, cela renforcera le tri social déjà présent dans la société. »

Des enseignants du lycée Eugène-Delacroix, à Drancy, précisent leurs revendications : « Nous sommes délaissés et maltraités. Ce qui est agaçant, c’est d’être tout le temps considérés comme un coût. Le plus pénalisant, c’est le manque d’infirmières et de psychologues scolaires, ce qui fait que nous prenons tout sur nos épaules. Je suis contre le choc des savoirs car, même si le lycée n’est pas concerné là tout de suite, nous en subirons plus tard les conséquences. »

Un professeur du collège Jean-Baptiste-Clément, à Dugny, revient sur les conséquences de la situation et sur la modification du sens de son travail qui est « impacté par le manque cruel de moyens. J’ai vraiment l’impression que mes élèves sont sacrifiés. Pour le brevet des collèges, c’est 70 % de réussite dans l’établissement et 83 % dans le département. »

Un professeur du lycée Blaise-Cendrars, à Sevran, relate : « J’ai quinze ans de métier. Les effectifs par classe ont terriblement augmenté au fil des années. J’aime mon métier, et c’est d’autant plus frustrant de ne pas pouvoir l’exercer dans des conditions dignes. » Un enseignant du même établissement explique : « J’ai deux ans de métier. C’est un choc de se retrouver avec des classes à trente-cinq. Une fois l’appel fait, cela représente une minute d’accompagnement par élève. » Un autre collègue s’inquiète : « Concernant les groupes de niveau, le gouvernement essaie de faire en sorte de faire différemment par endroits, il faut éviter ça. Là, on voit l’unité des syndicats, c’est bien, mais il faut la même chose à l’échelle nationale pour faire reculer le gouvernement. »

Des enseignants syndiqués au SNES et à SUD du collège Corot, au Raincy, expliquent : « Nous sommes un gros collège dans un quartier relativement protégé, mais nous avons de gros problèmes, en particulier de remplacement. Alors on se dit que si ça se dégrade chez nous, ça doit être impossible ailleurs. Par exemple, une classe de 6e est restée sans professeur de français pendant les trois quarts de l’année, une collègue en congé maternité, partie en janvier, n’est toujours pas remplacée. On n’a pas d’assistante sociale. Les groupes de niveau, c’est une aberration. Tout le monde sait bien que l’hétérogénéité d’une classe est un facteur de progression pédagogique. Il a été démontré depuis longtemps que regrouper les “faibles”, ça ne débouchait que sur un accroissement des difficultés. En réalité, il faudrait des moyens pour régler les problèmes, et les moyens, on ne nous les donne pas. »

« Nous sommes là pour un plan d’urgence pour le département. Chez nous, on a une collègue prof d’espagnol qui est en congé maternité, non remplacée depuis cinq mois. Nous sommes en grève depuis le 26 février. Les parents sont avec nous, la FCPE a appelé deux fois les élèves à ne pas venir pour participer au mouvement. Notre sentiment est que le mouvement se développe. Nous avons même des échos au plan national. Nous espérons que nous allons être reçus aujourd’hui. De toute façon, si on n’est pas reçus, on continuera », disent Clara, professeur d’histoire, et Marion, professeur d’espagnol, du collège Simone-Veil, à Aulnay-sous-Bois.

Une enseignante d’arts plastiques dans un collège de Drancy, syndiquée au SNFOLC, confirme l’hérésie que constitue le « choc des savoirs » : « Pédagogiquement, c’est un non-sens. On va devoir rogner sur les options et les demi-groupes dans les autres matières. L’année prochaine, ces groupes vont être étendus aux 4e et aux 3e ; pour les financer, on risque d’aller rogner sur les matières artistiques. »

Des enseignants du collège Le Parc, à Aulnay-sous-Bois, dont une partie est en grève depuis près de deux semaines, ont décidé de poursuivre la semaine prochaine. Le conseiller principal d’éducation donne des informations sur la situation des élèves handicapés. Seulement un tiers d’entre eux ont des heures d’AESH. C’est aux profs de se débrouiller. D’autres ajoutent : « Nous sommes dans une zone difficile, où les effectifs sont normalement limités, mais voilà plusieurs années maintenant qu’ils ne sont plus respectés. C’est un sérieux problème parce qu’en particulier en sciences, biologie et physique-chimie les salles de travaux pratiques ne peuvent pas supporter des effectifs à vingt-neuf comme pour une de mes classes, voire trente, lorsque l’AESH est là. Il faudrait arriver à des classes de quinze au maximum. Mais, bien entendu, on nous refuse les moyens. À Aulnay, nous avons une assemblée générale locale qui nous aide à tenir. Les parents sont avec nous. Ils appellent régulièrement à des collèges déserts. Hier, pour vous donner un exemple, il y avait 60 élèves au lieu de 650. C’est un mouvement qui peut se développer. »

Propos recueillis par nos correspondants

#** AESH : accompagnant des élèves en situation de handicap. AED : assistant d’éducation (surveillant).

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